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« Les institutions innovent mais il leur manque les clefs pour rendre cette innovation plus systématique. »

Owen Boukamel s’installe en Suisse il y a un peu plus de dix ans pour suivre des études en sciences politiques puis en management public. Passionné par l’innovation et convaincu de son utilité pour les services publics, il réalise une thèse sur le sujet. Plusieurs années de recherche et statistiques à l’appui, il  publie un manuel : « Sept leviers pour l’innovation publique ». Nous sommes allés à sa rencontre.

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AU COEUR DU PROJET

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🔑   Ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?

A l’origine de ce livre, il y a ma thèse, un travail de recherche sur l’innovation dans le secteur public. Mon souhait était d’aborder l’innovation publique de manière globale, en mettant les projecteurs sur ses différents aspects. Puis j’ai eu envie de partager et de rendre accessibles les enseignements de ce travail en réalisant un manuel spécifiquement à l’attention des managers publics, des élus et des employés du secteur public.

⚙️ La méthode et les étapes clefs ?

Pour réaliser ce manuel, je suis parti des faitsLa recherche en management public ne doit pas être une tour d’ivoire. Je suis donc allé sur le terrain et j’ai réalisé de nombreuses enquêtes, entretiens, etc.  En plus de toutes les données récoltées dans ma thèse, j’ai créé un questionnaire spécifique pour rédiger ce manuel. Il m’a permis d’identifier sept points critiques de l’innovation dans le secteur public, pas uniquement pour la Suisse mais également pour des payes comme la France. J’ai voulu faire un manuel optimiste et pragmatique. C’est pourquoi, je propose des leviers d’action pour chacun de ces sept points critiques. 

⚡ Un souvenir marquant ?

A l’occasion de la présentation des résultats d’une étude de cas menée dans un canton suisse, un des hauts fonctionnaires de l’administration cantonale présents pour l’évènement m’a lancé : “Dans une administration, il y a des dameurs et des ouvreurs de pistes. Si les dameurs doivent en plus faire le travail des pisteurs, alors attendez-vous à des avalanches.” La formule était frappante et j’ai compris que l’innovation publique ne faisait pas l’unanimité. De trop nombreuses personnes pensent encore que l’innovation publique est réservée à une sorte « d’élite » managériale. 

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SEPT LEVIERS POUR L’INNOVATION PUBLIQUE

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💫  Le grand enseignement à retenir du livre ?

L’innovation publique existe bel et bien mais elle fait face à plusieurs problèmes. Elle n’est pas consciente, elle n’est pas autonome et elle n’est pas systématique.

L’innovation publique existe bel et bien mais elle n’est pas consciente, elle n’est pas autonome et elle n’est pas systématique.

Un des grands enseignements de ce livre c’est de se dire qu’innover c’est bien mais encore faut-il savoir innover. Savoir innover, c’est trouver la capacité collective de la structurer. C’est ça l’idée du livre : faire savoir que nos administrations innovent mais qu’il leur manque souvent les clefs pour structurer l’innovation, la rendre systématique, consciente et autonome.

💪 Les obstacles à l’innovation ?

Il y des freins structurels à l’innovation publique. Par exemple, un des obstacles c’est la spécialisation des savoirs-faire dans les administrations. Chacun effectue une micro-tâche, sans avoir de vue d’ensemble, de connaissance sur le travail des autres collaborateurs. Donc on ne capitalise pas sur la collaboration. Il y a également des freins culturels, liés par exemple à la prise de risque et son pendant : la peur liée à la sanction de l’échec.

On sanctionne trop souvent l’échec : en interne, dans les administrations mais aussi en dehors où les citoyens laissent peu de place au droit à l’erreur. 

On sanctionne trop souvent l’échec : en interne mais aussi à l’externe. Le citoyen, souvent décrit comme un facilitateur trop peu exploité de l’innovation publique, peut aussi être un frein à l’innovation car il sanctionne très vite l’erreur. Pour que le service public innove, le citoyen doit accepter que l’administration puisse échouer.

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VOEUX & INSPIRATIONS POUR DEMAIN

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✊ Un vœu pour le service public ?

Je voudrais que le secteur public devienne le premier choix des jeunes diplômés, qu’on veuille tous y travailler. Ses missions sont très nobles, le secteur public a les moyens de donner envie et pourtant, en France comme en Suisse,  il manque encore d’attractivité. Mon vœu c’est qu’on se batte pour intégrer le service public.

💫 Une phrase inspirante ?

Elle est de Jean Jaurès “Le secteur public est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.” C’est une phrase qui résume assez bien mon engagement : le désir de bâtir un patrimoine collectif et de chérir ce patrimoine collectif qu’est notre service public.

⚡️ Un conseil ?

Dans la mesure du possible : aller à la rencontre des bénéficiaires. On est beaucoup trop nombreux à travailler loin du terrain et loin des usagers. C’est pourtant très important car ça permet de comprendre qu’on fait partie d’une chaîne, ça permet de mesurer l’impact réel de nos missions, de comprendre pour qui et pourquoi on fait ça. 

Mon conseil ? Aller voir les bénéficiaires pour mesurer la valeur de votre travail et de vos engagements. 

Le tailleur de pierre, au départ, il taille juste une pierre, mais au final il bâtit une cathédrale. Pour les fonctionnaires c’est pareil, au départ il s’agit parfois de remplir des fichiers Excel, mais en bout de chaîne il s’agit de contribuer à faire vivre le service public. Mon conseil c’est donc d’aller voir les bénéficiaires pour mesurer la valeur de votre travail et de vos engagements. 

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