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Articles, interviews et portraits d'acteurs publics inspirants

« L’action de terrain doit guider notre travail d’agent public. »

Emma Pianetti est chargée de mission Agenda 2030 et Services publics écoresponsables  au sein du ministère de la transition écologique. Nous sommes allés à sa rencontre pour vous faire découvrir son métier, sa vision du secteur public et les grands défis à venir en termes d’écologie.

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SON PARCOURS AU COEUR DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE

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🔑  Les moments clefs de votre parcours ?

Durant mon parcours, j’ai jonglé entre deux contextes professionnels, celui des collectivités territoriales et celui de l’État. 

J’ai commencé ma vie professionnelle en tant que collaboratrice de cabinet, chargée des politiques publiques de transition écologique auprès du maire de Montpellier et président de la Métropole. Dans le cadre de cette première expérience, nous avons notamment  travaillé à élaborer un document d’urbanisme qui intègre les 17 Objectifs de développement durable  de l’ONU dans la manière de faire la ville, en complément des textes réglementaires. L’intégration des Objectifs de développement durable (ODD) permet d’avoir une approche la plus complète et exemplaire possible : il s’agit de travailler à la fois sur l’architecture, l’isolation des bâtiments, la durabilité des matériaux, le traitement des déchets lors de la phase de construction, tout en pensant à la mixité sociale, à la santé et au bien-être des habitants, à la bonne insertion de l’économie locale, à l’adaptation au changement climatique ainsi qu’à l’aménagement de l’espace public, des espaces verts jusqu’aux pistes cyclables. C’était aussi penser à limiter l’étalement urbain pour préserver les espaces agricoles et naturels et bâtir la ville sur elle-même, la réparer et investir ses friches. Ce travail a abouti au Manifeste de Montpellier pour une ville écologique et humaniste. Nous l’avions envoyé à l’ONU pour montrer ce que nous faisions à l’échelle locale, et le maire à été invité par le vice-président à le présenter lors du Sommet Action Climat en septembre 2019. Aller à l’ONU, c’était un rêve qui se réalisait pour moi, avec une vraie reconnaissance du travail réalisé à Montpellier.

Le développement de villes plus durables est un enjeu majeur pour améliorer la qualité de vie des habitants.

Ce manifeste présente une vision et des leviers d’actions permettant d’agir de manière concrète, au sein de la municipalité, avec les citoyens et les acteurs de la fabrique de la ville. Ce qui est intéressant avec ce manifeste, c’est qu’il ne dit pas simplement quoi faire, mais comment bien faire en composant avec l’existant et en étant responsable de l’impact de nos actions.

🔎  Le cœur de vos missions actuelles ?

Mes missions actuelles peuvent se diviser en deux parties au sein du Commissariat général au développement durable (CGDD) du ministère de la transition écologique.

La première est très interne et met plutôt l’accent sur le fonctionnement de l’État et son exemplarité. En effet, je travaille au sein de la délégation du développement durable, où je suis en charge du suivi et du rapportage du dispositif “Services publics écoresponsables”. Il s’agit de 20 mesures destinées à accélérer la transition écologique au sein des ministères, des établissements publics et des préfectures de France, portant sur la mobilité, la commande publique, l’alimentation, la rénovation énergétique des bâtiments, la biodiversité, l’économie circulaire et le numérique responsable. Ce dispositif touche plus de 2,4 millions d’agents publics sur 200 000 sites. C’est un travail d’envergure pour l’Etat.

Il ne faut pas perdre de vue qu’un monde plus durable et plus solidaire ne peut pas se penser seul. 

La seconde partie de mes missions est beaucoup plus en lien avec la société civile. Il s’agit d’accompagner l’ensemble des acteurs dans la transition écologique pour respecter les objectifs fixés par l’Agenda 2030. Le cœur de ma mission consiste à accompagner une communauté d’acteurs, en essayant de leur transmettre les bonnes pratiques, les ressources et les outils, afin qu’ils puissent agir en faveur des 17 Objectifs de développement durable (ODD). Pour cela, il ne faut pas perdre de vue qu’un monde plus durable et plus solidaire ne peut pas se penser seul. Il faut créer un récit commun,  co-construire avec les acteurs et prendre en compte les équilibres sociaux, économiques et environnementaux.

⚡️ Ce qui vous motive le plus dans votre job ?

Ce qui me motive le plus dans mon travail, c’est le fait d’être un facilitateur. Mon travail consiste à créer des ponts entre les ministères, les préfectures, les réseaux d’entreprises, les associations ou encore les collectivités territoriales, pour qu’ils aillent plus vite et plus loin en collaborant. Cela me fait me sentir utile ! .

🚀 Les grands défis en matière d’écologie pour le service public ?

Selon moi, le secteur public est confronté à plusieurs grands défis en matière d’écologie. L’un d’entre eux concerne la commande publique. Elle a un très gros impact puisqu’elle représente près de 10 % du PIB de la France. Inclure des clauses environnementales et sociales au sein des marchés publics permet d’avoir un impact phénoménal.  Un autre grand défi est la question de l’énergie, exacerbée aujourd’hui par la guerre en Ukraine. 

Pour faire avancer les projets qui font bouger les lignes, nous devons convaincre, embarquer et accompagner l’ensemble des parties prenantes. 

Enfin, l’un des plus grands défis est certainement celui de défendre les projets qui modifient nos façons de vivre. Bouleverser les habitudes peut générer des réticences. Pour faire avancer les projets qui font bouger les lignes, nous devons convaincre, embarquer et accompagner l’ensemble des parties prenantes. C’est un des plus gros défis du service public. 

☁️ Une réussite pro dont vous êtes fière ? 

A Montpellier, nous avons organisé le sommet du pacte de Milan en octobre 2019. Ce sommet sur les politiques alimentaires a réuni plus de 90 délégations de villes du monde. Je suis vraiment très fière de ce projet car nous avons fait en sorte qu’au-delà des échanges et des déclarations, il y ait un véritable aspect opérationnel et des solutions concrètes. Nous avons réuni plus de 400 participants, chercheurs, associations et membres des délégations des villes, dans des ateliers pour échanger sur leurs problématiques respectives et trouver ensemble des solutions. Par exemple, la ville de Ouagadougou au Burkina Faso a présenté un travail de restauration de sa ceinture verte. Plusieurs acteurs ont été réunis afin de trouver une solution permettant d’assurer le maintien des paysans et la reforestation de cette ceinture verte autour de la ville. Finalement, ils sont collectivement arrivés à la solution suivante : cadastrer la ville afin de pouvoir assurer la gestion du foncier nécessaire au maintien de cette ceinture verte.

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SES CONSEILS & INSPIRATIONS

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💫 Une phrase inspirante ?

La phrase qui m’inspire beaucoup est celle de Friedrich Engels “Une once d’action vaut une bonne théorie”. 

Au-delà des rapports, des stratégies et des feuilles de route, l’action doit avoir une part centrale dans notre travail.

Je considère en effet qu’au-delà des rapports, des stratégies et des feuilles de route, l’action doit avoir une part centrale dans notre travail. Planifier est important, mais le passage à l’acte est fondamental. 

👉 Un conseil lecture ?

J’ai beaucoup aimé le roman “Les piliers de la terre” de Ken Follett. Ce que j’aime dans les livres de Ken Follett, ce sont les personnages qui sont écrasés par le destin, par des éléments qui les dépassent comme les guerres et les crises. Les personnages de ses romans consacrent leur vie à leur but en essayant de se libérer de leur situation afin de se construire un avenir meilleur. Cela peut prendre toute une vie d’arriver à son but. C’est pareil pour le changement climatique. C’est une chose écrasante qui nous dépasse mais si nous ne perdons pas le nord et que nous agissons avec ténacité en suivant les objectifs nous pouvons collectivement réussir à réduire les émissions de carbone.

💚 Votre meilleur conseil pro ?

Selon moi, la coopération est beaucoup plus efficace que la compétition. Nous sommes souvent classés, notamment lors des concours. Mais on ne nous apprend pas suffisamment à coopérer. La force du réseau est fondamentale. Lorsque nous créons des ponts entre nous, cela finit toujours par porter ses fruits. La communication est également très importante. Il ne faut pas hésiter à communiquer sur ses difficultés, puisqu’il arrive que d’autres personnes aient vécu des situations similaires. Ils peuvent nous aider à résoudre des situations plus rapidement que si nous devions tout expérimenter par nous-même. 

 

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